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Un billet d’humeur dans le bulletin d’une association d’auteurs dramatiques... Ce qu’on aurait pu rigoler, entre nous, dans le confort de nos angoisses créatrices!
J’aurais aimé vous parler de la force de frappe sociale du théâtre qui donne à voir plutôt que de se donner à voir. J’aurais péroré : « Le théâtre qui se complait à se donner en spectacle est condamné à la sclérose. » Oh! là, là, me répondrait-on, mais quelle mouche a piqué le petit nouveau? Sèche, mon vieux! Et on se bénirait entre nous dans la chapelle ardente de nos petites querelles.
J’aurais aimé parler d’urbanité et de ruralité, du théâtre qui sent le fumier versus celui qui sent le bitume – pas sûr que l’odeur de l’un est plus ragoûtante que l’autre. J’aurais aimé lancé un pavé dans la mare de notre confort intellectuel, forts que nous sommes à croire que notre vision du monde est la bonne, la seule valable.
Mais ce n’est plus le temps de ces discussions stériles et puériles dont nous avons le secret, nous, funambules de l’improbable et de l’immuable.
Le projet honni C-32 qui va vulnérabiliser ce qui reste du droit d’auteur sera voté à la Chambre des communes d’ici Noël. Le rouleau compresseur du gouvernement Harper risque fort d’aplatir l’AQAD. Un syndicat sans les dents de la loi pour marquer son action est condamné à tomber dans la quasi-clandestinité.
Je sais, je ne fais pas dans la nuance, j’exagère et je caricature. Suis-je à côté de la plaque? J’assume. Lorsqu’il y a urgence, la dentelle est accessoire. Dans quelques semaines, le droit du consommateur-roi aura préséance sur le droit d’auteur. Ce qui est odieux, c’est que ce même consommateur, s’il veut un « bubble gum » au dépanneur, il doit le payer et il le paie. Mais le contenu d’un support numérique, ce n’est pas « payable », ça doit être « accessible ». J’emmerde le consommateur-roi!
On vocifère contre le gouvernement Harper et on houspille la jeunesse qui s’abreuve à l’Internet, qui se nourrit de gratuité et qui croit que tout lui appartient (à ces jeunes, le vieux schnock réactionnaire leur dit : seul l’avenir vous appartient – et vlan!). Et pourtant. Pourtant, notre pire ennemi est parmi nous. Il s’agit de cette race de théoriciens de la culture, trop souvent un prof d’université qui veut et exige l’accès illimité et la gratuité de nos idées... Honte à eux. Que diraient-ils si le principe de gratuité scolaire s’appuyait sur la gratuité de leur enseignement?
Non, ce n’est plus le temps de la nuance. Les briseurs du droit d’auteur ont sorti l’armada, l’artillerie lourde et la bombe à neutrons (celle qui ne détruit pas les structures, mais qui éradique le moindre murmure) pour atteindre l’objectif ultime de la Droite « albertarienne » : faire taire les artistes, ces chantres du désordre et de la créativité, de l’égalité et des droits de la personne. Souvenez-vous : il y a quelques mois, ils ont attaqué publiquement; leur assaut a été repoussé. On s’est dit qu’on leur avait fait peur. Erreur. Ils s’en foutent d’avoir perdu cette bataille, ils voulaient mesurer notre système de défense. Dès le lendemain, le siège a commencé. La tactique est simple : ils nous coupent les rares vivres qui ne proviennent pas des subventions, puis ils vont nous affamer, peu à peu, lentement, mais sûrement. Ils ne couperont pas le robinet des subventions, non. Ce sera plus pervers que ça. Tranquillement, ils ne nourriront que ceux et celles qui accepteront de vanter la gloire de leur nouveau projet de société « monarchisée », hiérarchisée, policée et ordonnée. |