Et pour terminer le texte de votre collègue, Claude Montminy
Soyons sentencieux. La créativité, c’est le pouvoir d’imagination de l’auteur. C’est cette force invisible qui fabrique de nouvelles idées que l’auteur dépose ensuite sur le papier. Le texte dramatique sera à son tour transmis aux spectateurs à travers la sensibilité et l’intelligence des acteurs, metteurs en scène et autres créateurs de spectacles. Grâce à notre créativité, nous inventons des histoires ou nous réinventons l’Histoire.
Mais, soyons aussi honnêtes, même si nous ne la comprenons pas toujours, elle nous fait vivre.
La créativité est peut-être moins mystérieuse qu’elle n’en paraît. Dans Where good ideas come from (D’où viennent les bonnes idées), ouvrage paru en 2010, le journaliste et vulgarisateur américain Steven Johnson a étudié les facteurs environnementaux favorisant la créativité. En réduisant abusivement, sa réponse à la question posée par le titre de son livre est : les réseaux. L’un des exemples qu’il donne en conférence est l’apport des Coffee Houses à la Révolution industrielle anglaise. À cause de l’architecture des Cafés anglais, les clients, de toutes les origines sociales et de tous les métiers pouvaient se réunir et discuter, créer de nouveaux liens, avoir de nouvelles idées. Une nouvelle idée, c’est tout bêtement un lien entre deux vieilles idées qui ne s’étaient jamais côtoyées.
Si la créativité des clients est stimulée par l’architecture d’un Café, elle l’est encore plus pour les citoyens d’une ville ou même les utilisateurs des réseaux sociaux. Le taux de créativité se multiplie lorsque les réseaux grandissent.
Les réseaux stimulent donc la créativité. Oui, mais à condition que ces réseaux soient hétérogènes, mixtes, diversifiés. Dans notre économie du savoir, il est inutile de rappeler que la créativité est source de richesse intellectuelle et monétaire.
Or voilà, au moment d’écrire ces lignes, le projet de loi C-11 qui vise à moderniser la Lois sur le droit d’auteur en est à la deuxième lecture. Le gouvernement conservateur (lire réformiste) de Stephen Harper applique bêtement l’idéologie simpliste que la richesse est créée uniquement par les compagnies privées. Ces dernières, pour satisfaire leurs actionnaires, doivent dégager des profits toujours plus grands, entre autres, en réduisant leurs coûts, dont celui des idées. Exit la création scientifique, exit la création artistique.
Mais, surtout exit les créateurs. En réduisant leurs revenus, certains paroliers, dramaturges, écrivains, musiciens ou autres, vont simplement déclarer forfait. Assurer un niveau de vie décent aux créateurs, c’est s’assurer que ceux-ci participeront au développement de notre société. Avec les réseaux de communication d’aujourd’hui, notre Coffee House est devenu national. Sinon, planétaire. C-11 risque fort de fermer la porte de ce réseau au nez des créateurs.
Et l’espoir dans tout cela? Peut-être qu’en s’unissant face à cette épreuve quelqu’un aura une idée nouvelle. Il nous reste toujours notre pouvoir d’imagination. |